
Légalisation du cannabis et dépénalisation : le rapport choc de deux députés français
Le 10 février 2025, les députés Antoine Léaument (LFI) et Ludovic Mendes (Renaissance) ont présenté devant la commission des lois un rapport de plus de 300 pages sur la lutte contre le trafic de stupéfiants. Après 17 mois d’enquête et d’auditions, leurs conclusions rompent radicalement avec la politique répressive défendue par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau.
Leur constat est clair : la répression massive a échoué à endiguer le trafic et la consommation de drogues en France. Pour la première fois, deux députés de camps opposés proposent une légalisation encadrée du cannabis et une dépénalisation partielle de la cocaïne.
Une enquête inédite sur la réalité du trafic en France
Le rapport est le fruit d’un travail de longue haleine mené auprès de forces de l’ordre, magistrats, professionnels de santé, associations et économistes.
Les chiffres sont édifiants :
- Plus de 5 millions de consommateurs de cannabis en France, dont 900 000 quotidiens.
- Un marché illégal estimé à plusieurs milliards d’euros, avec une criminalité associée en hausse constante.
- Des lois parmi les plus répressives d’Europe, mais une consommation qui ne faiblit pas.
Pour les deux députés, la stratégie actuelle est un échec sanitaire, sécuritaire et économique.
Légalisation du cannabis : un marché encadré par l’État
La proposition phare du rapport concerne la légalisation encadrée du cannabis. Les députés recommandent :
- La création d’un organisme public de régulation chargé de délivrer des licences aux producteurs, distributeurs et détaillants.
- L’interdiction de la publicité et de la vente en ligne.
- Un prix légal attractif pour concurrencer le marché noir.
- La possibilité pour les particuliers de cultiver un nombre limité de plants à domicile.
Le modèle proposé s’inspire de ceux déjà en place au Canada et dans certains États américains, avec un objectif clair : assécher le trafic et protéger la santé publique.

Dépénalisation encadrée de la cocaïne : une approche sanitaire plutôt que punitive
Autre point majeur : la dépénalisation sous conditions de la cocaïne.
Le rapport préconise :
- Un seuil légal de 3 grammes en-dessous duquel les consommateurs ne seraient plus poursuivis pénalement.
- Une prévention ciblée pour les mineurs et les jeunes adultes.
- Un recentrage des forces de l’ordre sur le démantèlement des réseaux criminels plutôt que sur les simples usagers.
Antoine Léaument insiste : « Réprimer les consommateurs ne fait pas baisser la consommation et ne freine pas les trafiquants. Seule une approche pragmatique peut changer la donne. »
Des divergences mais un appel commun au référendum
Si les deux députés s’accordent sur la légalisation du cannabis, ils divergent sur l’ampleur de la dépénalisation de la cocaïne.
- Antoine Léaument (LFI) défend une approche sanitaire complète.
- Ludovic Mendes (Renaissance) se montre plus prudent mais reconnaît l’échec de la politique actuelle.
Tous deux demandent cependant la tenue d’un référendum pour trancher la question, une idée que l’exécutif a jusqu’ici refusée.
Une opposition politique encore très forte
Malgré le soutien d’associations, d’économistes et de certains élus locaux, la majorité présidentielle reste fermement opposée à toute légalisation.
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau défend une ligne de fermeté et de répression, tandis que le président Macron n’a toujours pas donné suite à la demande de référendum.
Pour l’instant, les chances d’une légalisation rapide restent donc limitées, malgré une opinion publique de plus en plus favorable au changement.
Vers une nouvelle politique des drogues en France ?
Le rapport Léaument-Mendes ouvre un débat majeur : faut-il continuer à réprimer sans résultats ou expérimenter une régulation encadrée ?
La réponse dépendra de la volonté politique et de la pression citoyenne dans les mois à venir. Une chose est certaine : ce rapport marque une étape importante dans la réflexion française sur la politique des drogues.



