CBD et épilepsie : un espoir naturel ?

L’épilepsie est une maladie neurologique chronique caractérisée par la survenue répétée de crises, dues à une activité électrique anormale du cerveau. Elle affecte environ 50 millions de personnes dans le mondewho.int. On parle d’épilepsie lorsque l’on a au moins deux crises non provoquées. Dans 20–30 % des cas environ, les épilepsies restent pharmaco-résistantes – c’est-à-dire que deux traitements antiépileptiques bien choisis et bien tolérés échouent à supprimer durablement les crises. Parmi ces formes résistantes, deux syndromes rares sont particulièrement graves.
Épilepsies résistantes : focus sur Dravet et Lennox-Gastaut
Syndrome de Dravet (épilepsie myoclonique sévère du nourrisson)
épilepsie génétique débutant avant l’âge d’un an, souvent survenue à la suite de fièvres. Dans la très grande majorité des cas, elle est liée à une mutation de la protéine SCN1A (canal sodique). Les enfants Dravet ont des crises fréquentes (convulsions prolongées souvent associées à des fièvres) et souffrent d’un retard développemental progressif. Le Dravet est « intractable » : les médicaments classiques sont peu efficaces et de nombreux enfants restent très mal contrôlés. La mortalité par mort subite (SUDEP) peut atteindre 15–20 % sur longue période. Son incidence est estimée à environ 1 cas pour 15 000–20 000 naissances.
Syndrome de Lennox-Gastaut
commence typiquement vers 2–6 ans. C’est une épilepsie rare (< 0,3/100 000) représentant 2–5 % des épilepsies de l’enfant, plus fréquente chez les garçons. Les enfants présentent souvent une régression psychomotrice et multiples types de crises : crises toniques (spasmes avec chute), toniques-cloniques généralisées, absences atypiques, notamment nocturnes. Par définition, il s’agit d’une épilepsie pharmacorésistante. Les échecs thérapeutiques précoces sont fréquents, d’où des séquelles cognitives sévères.
Dans ces formes sévères (Dravet, Lennox-Gastaut), les crises sont fréquemment quotidiennes malgré les protocoles complexes. Le pronostic moteur et intellectuel est souvent compromis, et le risque de décès prématuré (accidents de crises, SUDEP…) est majoré. Ces épilepsies pharmaco-résistantes justifient la recherche de traitements alternatifs.

Le CBD : quels effets contre les crises ?
Ce que dit la recherche
- Le CBD réduirait significativement la fréquence des crises dans les deux syndromes,
- Il serait efficace même chez les enfants traités par plusieurs antiépileptiques,
- Les études ont été à l’origine de l’autorisation de l’Epidiolex, médicament à base de CBD.
💡 Une étude multicentrique de 2018 (New England Journal of Medicine) a montré une réduction de 39 % des crises convulsives chez les enfants atteints du syndrome de Dravet.
Mécanismes d’action du CBD
Le CBD agit sur :
- Les canaux ioniques neuronaux,
- Les récepteurs GPR55 (excitabilité neuronale),
- La modulation des neurotransmetteurs (glutamate, GABA),
- Le système endocannabinoïde, qui participe à la régulation des décharges électriques anormales.
Epidiolex : le CBD sous forme de médicament
Statut et indications
Epidyolex® est un médicament à base de cannabidiol 100 % purifié (flacon 10 mg/ml oral). C’est la forme pharmaceutique ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe, homologué en 2019 (FDA 2018 aux États-Unis sous le nom Epidiolex). L’EMA a indiqué Epidyolex en traitement adjuvant des crises associées aux syndromes de Lennox-Gastaut ou de Dravet (chez les patients ≥ 2 ans), en complément d’un autre antiépileptique (notamment le clobazam). En 2021, l’AMM a été étendue pour inclure l’épilepsie liée à la sclérose tubéreuse (patients ≥ 2 ans). En France, Epidyolex se prescrit sur ordonnance hospitalière, avec l’obligation d’un suivi neurologique.
Forme et dosage
La posologie recommandée se calcule en mg/kg de poids corporel. D’après la notice, la dose est initiée à 5 mg/kg/j (2,5 mg/kg matin et soir) puis portée à 10 mg/kg/j après une semaine, avec possibilité d’augmenter progressivement jusqu’à un maximum de 20 mg/kg/j. Cette montée en dose lente limite les effets indésirables. Avant toute prescription, il est recommandé de doser les transaminases hépatiques (ALAT, ASAT) et la bilirubine, en raison du risque d’atteinte hépatique lié au CBD. En cours de traitement, une surveillance régulière du bilan hépatique est conseillée, surtout si le patient prend du valproate (risque d’augmentation des transaminases).
En pratique clinique, Epidyolex est souvent combiné au clobazam : cette benzodiazépine épileptique interagit avec le CBD, qui augmente la concentration de son métabolite actif (norclobazam). Il faut donc adapter la posologie du clobazam (risque de somnolence accentuée) lors d’introduction du CBD. De fait, les effets secondaires observés sous Epidyolex incluent principalement somnolence, fatigue, diarrhée, nausées, perte d’appétit et élévation des enzymes hépatiques. Par exemple, dans l’essai Lennox-Gastaut, près de 10 % des enfants sous CBD ont eu des transaminases > 3 fois la normale (vs aucun sous placebo), toujours réversibles à l’arrêt ou à la réduction de dose. Les autorités sanitaires recommandent donc une surveillance hépatique pendant le traitement.
L’indication d’Epidyolex est strictement limitée aux syndromes épileptiques graves cités ci-dessus. Sa mise en œuvre est cadrée par des protocoles médicaux (neuro-pédiatres spécialisés) et un suivi. Grâce aux essais cliniques randomisés, son efficacité sur la réduction des crises est validée et son profil de sécurité documenté. Un médecin prescrit le dosage et explique au patient les risques (somnolence, effets digestifs, suivi du foie) et la nécessité de ne pas interrompre brutalement le traitement.

Utilisation du CBD en dehors du cadre médical
Dans le commerce, de nombreux produits « bien-être » contiennent du CBD : huiles à divers titrages, gélules, aliments, e-liquides, etc. En France, la vente du CBD (extrait de chanvre avec < 0,3 % de THC) est légale en libre accès (magasins spécialisés, internet ou pharmacies) car le CBD n’est pas classé stupéfiant. Cependant, ces produits ne sont pas des médicaments. Ils n’ont pas d’AMM et ne peuvent revendiquer d’effet thérapeutique.
En pratique, certains parents d’enfants épileptiques résistants se tournent vers ces produits quand aucune autre solution n’est satisfaisante. On leur recommande alors d’acheter en pharmacie plutôt que sur Internet, car seuls les produits vendus en officine font l’objet d’un contrôle de qualité (origine du chanvre, concentration en CBD, absence de contaminants). Le site Ameli insiste sur l’importance de ce circuit fiable. Le pharmacien et le médecin traitant sont en effet les mieux placés pour juger de la pertinence d’un tel traitement « hors AMM », repérer les contre-indications et adapter le dosage.
Risques et précautions
Plusieurs mises en garde sont nécessaires avec le CBD non médical. D’abord la variabilité de qualité : certains produits marqués « CBD » ont été trouvés sur le marché avec des doses erronées ou des traces de THC supérieures à la limite légale. La conséquence peut être une somnolence imprévue (due au THC) ou même un résultat positif au dépistage de drogue. De plus, le CBD est une molécule active qui interfère avec de nombreux médicaments via les enzymes hépatiques (CYP). En particulier, l’association avec les anticonvulsivants peut être risquée : en cas de traitement par valproate ou clobazam, le CBD potentielise leur effet sédatif et hépatique. Les inducteurs enzymatiques (carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital…) peuvent au contraire réduire la concentration de CBD et son efficacité. Enfin, les effets secondaires du CBD « grand public » sont comparables à ceux d’Epidyolex : somnolence, troubles digestifs (diarrhées, nausées), perte d’appétit, parfois élévation de transaminases.
Il est donc impératif qu’un patient épileptique utilisant du CBD non médical informe son neurologue et son pharmacien. Comme le souligne la Haute Autorité de santé, il vaut mieux accompagner la démarche des familles qui ont recours au CBD que de les laisser se débrouiller seules, au risque d’exposer l’enfant « à un risque sans suivi médical». En résumé, le CBD bien-être peut être tenté sous haute surveillance : privilégier les produits garantis (pharmacie), éviter l’automédication sauvage, et toujours associer un suivi neurologique (bilan hépatique, ajustement des autres antiépileptiques).
Témoignages de familles
Quelques témoignages illustrent les expériences vécues. Par exemple, dans un entretien recueilli par la Fondation française pour la recherche sur l’épilepsie, la mère d’un enfant Dravet raconte : « Notre fils avait jusqu’à cent crises par jour. … Nous nous sommes donc fournis nous-mêmes en CBD. Aujourd’hui, à 4 ans, il en prend depuis l’âge de deux ans. Ce n’est pas une molécule miracle, mais cela a amélioré son quotidien et le nôtre ». On retrouve souvent ce discours : même si le CBD ne guérit pas, il peut nettement diminuer la fréquence des crises chez certains enfants pharmaco-résistants.
Il existe aussi des témoignages dans la population adulte. Plusieurs études d’usage réel ont noté que ~40–50 % des familles rapportaient au moins une réduction de 50 % des crises sous CBD (contre 8–11 % sous placebo). Ces récits indiquent souvent une amélioration fonctionnelle (moins de chutes, meilleure éveil) et un mieux-être global. Cela dit, tous les retours ne sont pas positifs : certains patients ne voient pas de changement, d’autres souffrent d’effets secondaires (somnolence, diarrhées). Comme toujours, l’anecdote personnelle est à prendre avec précaution, mais ces vécus confirment l’intérêt clinique du CBD chez les épileptiques réfractaires, validé par les essais cités plus haut.
FAQ – Questions fréquentes
- Le CBD est-il légal ? Oui, en France la vente de produits à base de CBD (sans THC) est autorisée. Le CBD n’est pas classé comme stupéfiant et de nombreux magasins en proposent légalement. En revanche, seule la forme pharmaceutique purifiée (Epidyolex) dispose d’une AMM pour des indications précises.
- Peut-on utiliser le CBD sans ordonnance ? Les produits « bien-être » à base de CBD (huiles, infusions, e-liquides…) s’achètent sans ordonnance, car ils ne sont pas considérés comme médicaments. En revanche, le CBD thérapeutique pur (Epidyolex) n’est délivré que sur prescription spécialisée d’un neurologue (traitements orphelins pour Dravet/LGS/STB).
- Quels sont les risques du CBD ? Comme tout traitement, le CBD a des effets indésirables potentiels. Les plus rapportés sont la somnolence/fatigue, des troubles gastriques (diarrhée, nausées) et une diminution de l’appétit. Une attention particulière est portée sur le foie : des élévations des transaminases peuvent survenir, surtout en association avec un valproate. Un autre risque est l’interaction médicamenteuse (voir ci-dessous). Il est déconseillé de conduire ou de manipuler des machines lourdes tant que l’on n’a pas bien évalué sa tolérance au CBD, en raison de la somnolence possible.
- Quels médicaments antiépileptiques posent un problème avec le CBD ? Le cannabidiol interfère avec plusieurs enzymes hépatiques (CYP). Les inducteurs enzymatiques (carbamazépine, phénobarbital, phénytoïne, etc.) diminuent l’efficacité du CBD. Inversement, le CBD augmente la concentration de certains médicaments comme la clobazam (provoquant une somnolence renforcée) et risque d’accroître la toxicité d’autres comme l’acide valproïque (sur le foie). En pratique, les neurologues ajustent souvent les posologies : par exemple, réduire la dose de clobazam quand on débute le CBD, et surveiller de près les transaminases sous valproate.
Comparatif : Epidyolex vs produits CBD « bien-être »
| Critère | Epidyolex (CBD purifié) | Produits « bien-être » au CBD |
| Composition | Solution orale (100 mg/ml) de cannabidiol quasiment pur (0 % de THC) | Huiles, gélules, fleurs, e-liquides dont la teneur en CBD varie ; peuvent contenir des traces de THC ou autres cannabinoïdes |
| Statut | Médicament à AMM (autorisation européenne depuis 09/2019). Prescription hospitalière obligatoire, indications restreintes (LGS, Dravet, STB). | Produit non médicamenteux (complément alimentaire / produit bien-être). Pas d’AMM, vendu librement sans ordonnance. Pas le droit de revendiquer d’effet curatif. |
| Efficacité clinique | Efficacité démontrée dans des essais randomisés add-on (réduction significative des crises résistantes). Démonstration statistique dans Dravet/LGS, preuve d’effet modéré mais réel. | Pas d’études cliniques contrôlées ; les effets relèvent de l’expérience empirique et des témoignages. Les allégations thérapeutiques ne sont pas prouvées. |
| Sécurité | Profil de sécurité bien documenté : somnolence, diarrhées, augmentation des enzymes hépatiques… Surveillance médicale requise (bilan hépatique). Risque réduit de variabilité de dose. | Qualité et innocuité mal contrôlées. Risque de contaminants (pesticides, solvants) ou de surdosage de THC si produit impur. Interactions possibles similaires à Epidyolex, mais sans suivi médical. |
| Mode d’emploi | Solution buvable en flacon, doses précisément calculées en mg/kg (début 5 mg/kg/j, puis jusqu’à 20 mg/kg/j). Suivi médical strict (visites neurologiques, bilans). | Formes multiples (huile sublinguale, gélule, vapotage, etc.) sans posologie standard. L’utilisateur estime lui-même la dose. Aucune dispense de conseils médicaux. |
Ce tableau synthétise les grandes différences. En résumé, Epidyolex est un médicament contrôlé, efficace et surveillé dans des indications épileptiques précises. Les autres produits au CBD dits « bien-être » sont accessibles librement mais sans garantie d’efficacité ou de sécurité ni cadre médical.
Sources et liens utiles :
Les informations ci-dessus s’appuient sur les publications médicales (NEJM, JAMA, revues épileptiques) et sur des sites officiels (OMS, EMA, ANSM/Ameli). Pour approfondir : les textes de l’EMA et de l’ANSM sur l’Epidyolex, les études cliniques originales, ainsi que les pages d’information de l’Assurance Maladie sur le CBD et de la Fondation Épilepsie pour des réponses vulgarisées. Toutes ces sources étayent la validation scientifique du CBD dans l’épilepsie pharmaco-résistante.